Paul Gauguin écrivait à l'encre bleu marine un petit poème au dessus d'un dessin représentant une jeune femme tahitienne.
Ce poème nous disait :
« Dans la patrie oû j'ai choisi ma destinée,
Oû j'ai vécu, oû cette âme réelle est née,
Oû dans la vérité et dans la volupté,
Tout est beauté — tout est bonté, tout est clarté... »
Ce soir, entouré de vous tous, amis venus accompagner mes toiles. Dans ce lieu magique chargé d'histoire et de mémoires, j'aimerais avec vous retenir les quelques vers de ce poème dédié à ce qui représente à mes yeux l'essentiel de nos vies : beauté, bonté, clarté...
Les quelques tableaux que vous avez découverts ce soir en ce lieu sont d'abord des regards. Regards portés sur la vie, sur un monde fait d'éternité et de beautés sans cesse renouvelées, mais qu'il nous faut à chaque instant savoir regarder, capter, mémoriser, respecter et enrichir dans nos cœurs.
Il est vrai que l'Homme, semble de plus en plus dispersé par un environnement qui cherche trop souvent à le détourner de l'essentiel pour l'entraîner vers des chemins creux et sans horizons, et lui fait oublier de goûter aux délices d'un bonheur qui lui tend la main...
Et pourtant, il suffit d'arrêter son regard sur cette terre pour y retrouver ses beautés innombrables, sa générosité immense, et la magie de ses lumières...
« Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir... » disait Aragon à Matisse !
Le regard attise notre mémoire... L'Art en est la décantation, l'expression pure du souvenir, du parfum de la vie, de la lumière de nos âmes...
Comme beaucoup d'hommes et plus encore d' artistes, je ressens le besoin de découvrir cette lumière extérieure pour voir plus clair en moi-même...
Et tous ces lieux tous ces sujets qui vous sont offerts ce soir au travers de ces œuvres ne sont que des morceaux de moi-même et de ce regard qu'il m'est donné de porter chaque jour sur tout ce qui m'entoure...
J'aime à dire : « Je laisse peindre mes yeux... »
Car, au-delà de la révélation du tableau, de la traduction poétique de cette nature qui me fascine, je sais aujourd'hui que c'est mon regard qui guide mes émotions et ma main ... Et les couleurs, les lumières et les formes qui composent mon tableau s'écrivent, se dessinent, guidées par les mémoires accumulées que ce regard restitue dans des rêves éveillés.
Alors la toile s'organise, par la couleur qui en devient la force de lumière, d'expression et de composition...
« Je mets de la couleur jusqu'à que ce soit ressemblant... » écrivait Chardin.
Loin de critiquer l'univers artistique qui nous entoure, ma voie s'est imposée à moi, celle d'un Art qui n'est là, ni pour inquiéter, ni pour troubler. Un Art qui malgré les doutes et les incertitudes qui m'habitent aimerait être Equilibre, Pureté et Repos à la fois...
Et, comme je vous le confiais tout à l'heure, si chaque œuvre est un bout de moi-même, elle ne trouve son existence profonde que dans le partage qu'il m'est donné de vivre avec vous tous.
Et lorsqu'il me fut offert d'exposer au Carrousel du Louvre, il m'est venu à l'idée de réaliser un grande toile, clin d'œil à cette lumière qui devrait éclairer notre monde et que j'ai intitulée simplement « Le jardin de la paix... »
Et au-delà du décor bucolique d'un jardin oriental, j'ai voulu unir deux êtres comme pour suggérer que le partage des âmes devrait être oû que ce soit sur la terre la base d'une réconciliation des Hommes et des peuples, et, un regard nouveau sur un avenir ensoleillé...
Et si demain tout n'était que beauté, tout n'était que bonté, tout n'était que clarté...
Merci d'être venu partager avec moi ces regards d'éternité.
BERNARD VIDAL / 15 JANVIER 2007