
« Loin de l'Art froid, aseptisé et minimaliste, l'œuvre de Bernard Vidal porte un cri ; l'injonction à renaître en un monde magnifié. En invoquant ce que la nature a de mythique, en jouant sur le registre de la séduction, l'œuvre de Bernard Vidal nous invite au vertige, saisissant le rapport au monde par captation de la lumière et de la couleur... » écrivait le Critique et Expert en Arts Contemporains Serge Lenczner en Préface à l'exposition du peintre qui s'est tenue au Carrousel du Louvre en 2007.
La rédaction de la Gazette des Arts:
Bernard Vidal, à l'heure où votre œuvre se voit reconnaître sur un plan international où vous avez été dès 2000 promu et honoré au titre de Chevalier des Arts et des Lettres, que vous inspirent votre si beau parcours et cette reconnaissance... ?
Bernard Vidal
Aussi loin que je puisse remonter dans ma mémoire, j'éprouve le souvenir de la peinture.
Dès ma plus tendre enfance,j'ai toujours été fasciné par les formes et les couleurs qui s'offraient à moi au gré des paysages que je découvrais émerveillé, par les tableaux qui ornaient les murs de note maison du Périgord et celle de ma mère en Bretagne, et que je fréquentais au quotidien, découvrant ça et là de nouvelles lumières, de nouvelles compositions, de nouvelles émotions.
Alors dès qu'il m'a été permis,grâce à quelques gouaches et un pinceau de faire mes premiers pas dans ce monde de formes et de couleurs, j'avais très vite compris que la peinture serait une part majeure de ma vie.
Bien entendu, je devais avoir à cette époque environ 3 ans, et je ne savais pas encore tous les écueils, les désespoirs et les doutes qui allaient se faire jour tout au long de ma vie de peintre... et dont certains m'habitent toujours...
Et pour répondre plus précisément à votre question, cette reconnaissance dont je fais aujourd'hui l'objet après tant de belles expositions internationales dont les dernières se sont tenues au Nations Unies à New York et au Carrousel du Louvre, et la récompense que m'a octroyé l'Etat Français au travers du titre de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres, si tout cela me touche profondément et représente un palier important dans ma carrière d'artiste, je ne peux en oublier pour autant toutes ces mémoires qui m'habitent et me transportent encore.
GdA:
Depuis toujours, votre peinture exprime au travers de la couleur et de la lumière une force de vie qui semble ne jamais vous quitter ?
Bernard Vidal:
Pour moi, la couleur c'est la lumière, et la lumière c'est mon bonheur.
Alors, je regarde, je garde, j'emplie ma mémoire de ces vibrations de couleurs et de lumières changeantes, mais aussi des bruits et des silences, des douceurs de l'air, de ces milliers d'émotions qui nous entourent et que trop souvent l'on ne sait pas voir!
Alors je suis à même de restituer ce trop plein de bonheur, et de l'exprimer sur une toile ou une feuille de papier, parfois aussi par l'écriture...
Je laisse peindre mes yeux, et l'espace poétique de créateur prends place dans cet univers de formes, de couleurs et de lumières, sans autre but que celui d'atteindre un équilibre et une paix qui font qu'à un moment donné, l'harmonie s'installe entre mon œuvre et moi-même... et, à chaque nouveau tableau, ce même processus, fait de doutes et d'exigences mêlées recommence...
La peinture est pour moi la décantation de la mémoire, de la lumière, des parfums, l'air pur du souvenir.
GdA:
L'exposition qui s'est tenue en janvier au Carrousel du Louvre sur 1000m2 fut un immense succès, quel souvenir en gardez vous aujourd'hui ?
Bernard Vidal:
Vous savez, la peinture est un acte solitaire,tout s'écrit et se dessine dans le silence de la nature ou de l'atelier... ce silence qui incite au recueillement et à la méditation m'est profondément nécessaire, même si il est parfois lourd à porter.
Mais je rentre en peinture...
Alors de temps en temps, dans la vie d'un peintre ou de tout artiste, il y a des moments merveilleux de partage,et l'exposition du Louvre fut un temps exceptionnel.
Un lieu prestigieux, 1000m2 d'exposition 60 œuvres majeures présentées, plus de 1600 personnes venant découvrir ces oeuvres réunies en un seul lieu juste le jour du vernissage,toute cette chaleur humaine, tous ces amis, tous ces bonheurs lus sur tant de visages...et le rayonnement qu'offre à chacun la beauté dont nous avons tous tant besoin dans un monde qui trop souvent se perd et confond les valeurs...
Alors l'artiste quitte sa solitude et baigne dans la chaleur d'un rêve humain et spirituel à la fois... et le bonheur, la joie profonde que m'ont apporté cette exposition du Louvre ne quitteront jamais mon souvenir.
GdA:
Mais revenons à votre œuvre,quelles ont été vos influences, vos maîtres et comment aujourd'hui vous définiriez vous ?
Bernard Vidal:
J'ai toujours admiré bien de Maîtres, mais 3 peintres ont guidé m'a route.
Gauguin par sa couleur, ses compositions et le mysticisme de l'homme, Matisse pour sa couleur aussi, son trait de génie et la modernité de son œuvre, et Bonnard par cette formidable captation de la lumière et l'intimité de son art.
Il est vrai que depuis des années, bien des marchands ont devancés les peintres et ,mais cela n'engage que moi, les usurpateurs sont légions.
Bien des peintres ne sont plus que des graphistes et les gestes, aussi habiles soient ils ne remplaceront jamais à mes yeux la profondeur de la réflexion, et ce sentiment d'éternité que l'on doit éprouver devant une grande œuvre. Mais je pense que l'homme dans sa sagesse retrouvée, le temps remettront en place les valeurs.
Quoiqu'il en soit, je ne me préoccupe guère des courants ou des modes. Je peins, ce que je suis, comme je suis, avec exigence et passion, avec discipline aussi, ces moments dédiés à l'Art sont terribles et merveilleux. On quitte le monde pour s'installer dans l'espace poétique du créateur. Et, peut être comme le peintre décrit dans une vielle légende chinoise, qu'à force de concentration, je m'engloutirai littéralement dans ma toile, jusqu'à ne plus être qu'un point. De couleur évidemment!!!
GdA:
Si vous deviez vivre une autre vie qu'aimeriez vous qu'elle soit?
Bernard Vidal:
La peinture, après ma mort sera déjà une seconde vie. Ma vie , faite d'espoir et de désespoirs est une belle vie .et l'aime avec ses hauts et ses bas, ses certitudes et ses incertitudes. Je rejoindrai un jour ceux que j'aime ou que j'ai tant aimé.
Mais dans cette prochaine vie que vous me proposez, je privilégierai l'Amour.
Il a été le moteur de ma vie, suis un homme qui aime je ne peux m'en passer.
J'ai conscience de la responsabilité que donne le fait d'aimer. Mais je garde en moi cet énorme besoin d'aimer, et d'être aimé. La vie m'a beaucoup appris au cours de ces 63 années, mais je garde toujours en moi cette formidable impression d'être toujours au début de cette vie... Alors...
LA GAZETTE DES ARTS / DÉCEMBRE 2007